Trois règles de l’article 17-1 de la loi du 6 juillet 1989 encadrent la révision tardive d’un loyer d’habitation :
- Un an pour agir. « À défaut de manifester sa volonté d’appliquer la révision du loyer dans un délai d’un an suivant sa date de prise d’effet, le bailleur est réputé avoir renoncé au bénéfice de cette clause pour l’année écoulée. »
- Pas de rétroactivité. Si le bailleur agit dans l’année, la révision prend effet à compter de sa demande, pas à la date de révision prévue au bail.
- Une révision par an. Chaque date de révision ouvre son propre délai d’un an. Oublier 2023 et 2024 n’empêche pas de demander la révision de 2026.
Exemple officiel (service-public.gouv.fr) : pour une date de révision au 13 mars 2025, le bailleur doit faire sa demande au plus tard le 12 mars 2026.
Exemple : un loyer jamais révisé depuis 2022
Bail signé le 1er mars 2022, loyer de 600 € hors charges, trimestre de référence : le 1er. Le bailleur n’a jamais demandé de révision et s’en aperçoit le 29 septembre 2026.
- Révisions perdues (délai d’un an expiré) : 01/03/2023, 01/03/2024, 01/03/2025.
- Révision encore possible : celle du 01/03/2026, demandable jusqu’au 28/02/2027.
- Au 1er mars 2026, l’IRL du 1er trimestre 2026 n’était pas encore paru (Journal officiel du 16 avril 2026) : l’indice connu à la date de révision est celui du 1er trimestre 2025 (145,47), comparé à celui du 1er trimestre 2024 (143,46).
600 € × 145,47 / 143,46 = 608,40 € (+1,40 %), dû à partir du 29 septembre 2026, date de la demande. Soit 8,40 € de plus par mois.
Quel indice de départ ? Deux positions des juges
La loi ne dit pas explicitement si le bailleur qui a sauté des révisions peut partir de l’indice de la dernière révision appliquée. L’ANIL recense deux courants de jurisprudence, sans décision de la Cour de cassation à ce jour :
Position 1 : seule la variation de la dernière année compte
Loyer révisé = loyer pratiqué × IRL applicable à la date de révision / IRL de l’année précédente. Les révisions non demandées ne peuvent pas être intégrées au calcul des années suivantes. Retenue notamment par les cours d’appel de Douai (5 avril 2018), Versailles (25 octobre 2016), Bordeaux (22 novembre 2021), Lyon (29 juin 2022) et Paris (6 avril 2023). C’est le calcul principal du simulateur : 608,40 € dans l’exemple.
Position 2 : l’indexation non appliquée peut être rattrapée pour l’avenir
Le bailleur peut tenir compte de l’indexation non mise en œuvre pour réactualiser le loyer, sans rappel sur le passé. Retenue par les cours d’appel d’Aix-en-Provence (15 juin 2017), Paris (9 mai 2019 et 31 mars 2022), Rouen (31 janvier 2019) et Amiens (16 février 2023).
Dans l’exemple, en repartant de l’IRL du 1er trimestre 2021 (130,69), connu à la signature : 600 € × 145,47 / 130,69 = 667,85 € (+11,31 %).
L’écart entre les deux méthodes peut être important. La seconde expose le bailleur à une contestation ; la première est la plus prudente. Le simulateur affiche les deux quand vous indiquez l’année de la dernière révision appliquée.
Côté locataire
Une lettre qui réclame « les révisions des trois dernières années » ou un rappel de loyer pour les mois passés n’est pas conforme à l’article 17-1. Un modèle de réponse est proposé sur la page modèles de lettres.